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"Les Dossiers de l'Institut du Tout-Monde" vous proposent des focalisations sur certains points liés à la philosophie générale de l'institut. Les créolisations, l'idéal de Relation, la trame plurielle et tremblée des interculturalités agissantes : les axes, en somme, qui furent ceux qu'Édouard Glissant avait voulus aux fondements de l'Institut du Tout-Monde, quand il le fondait en 2006. Une approche intuitive que nous déclinerons au gré de ces nouvelles propositions du site.

Et il m'arrive de penser que ces enseignants sont souvent héroïques, à transmettre un poète d'autant plus urgent à enseigner que, comme je l'ai dit, il continue à être décrié par certains, avec la régularité obessionnelle des grandes névroses. Et non, ce n'est pas par masochisme que je m'inflige régulièrement une plongée actualisée de ces discours-là : ils sont porteurs d'enseignements à mon sens importants, qui sont eux aussi l'expression des présences de Saint-John Perse aujourd'hui (présence en creux et à l'insu des dicours les moins inspirés).

En 2010, à l'occasion du Cinquantenaire du Prix Nobel de Saint-John Perse, j'avais eu l'occasion, lors de la troisième table ronde consacrée justement à la transmission de Saint-John Perse dans l'enseignement (lors de la journée de commémoration organisée par Sjperse.org et La nouvelle anabase à la BnF le 4 décembre 2010), de recevoir un autre enseignant exemplaire de ce méthodique sacerdoce de l'éveil : Olivier-Richard Torres, qui avait passé son agrégation de Lettres en 2007, l'année où, justement, Saint-John Perse figurait au programme du concours, après trente ans d'absence (Vents, Chronique et les poèmes provençaux). Passionné par son métier et par l'enseignement de ce poète qui lui est cher parmi tous, il nous avait dit comment il aborde en classe la question du "pourquoi lire ?" quand il s'agit d'un poète aussi difficile que peut l'apparaître Saint-John Perse. À vrai dire, pour un tel poète, dont on se plaît à entretenir la réputation d'hermétisme, cette question est fondamentale : comment, mieux que par un travail de fond effectué par les enseignants, espérer que s'effectue la découverte de ce poète exigeant, par les nouvelles générations, et à l'abri des idées reçues ou des facilités du jour ? Saint-John Perse au Bac Français en 2003, à l'Agrégation de Lettres en 2007, "au programme" quoi qu'il en soit, des classes secondaires et dans l'enseignement supérieur, certes... Mais ces rendez-vous ponctuels et cette permanence académique ne sauraient suffire à garantir cet idéal d'une initiation à la lecture du poète. Face à ces problématiques, et dans la nécessité même d'en aborder les aspects les plus pratiques, la parole donnée à un enseignant, praticien d'une transmission toujours fragile, permettait aussi d'évoquer autant l'approche générale de Perse en classe, que les voies pratiques de son enseignement.

Renouveler le regard, permettre de découvrir : transmettre


À l'occasion de ce rendez-vous des quarante ans de 2015, France Ô (Chrsitian Tortel) a interrogé un enseignant du secondaire, Sylvain Dournel (lui-même "persien"), devant sa classe de Première littéraire, découvrant Saint-John Perse, entre stupeur de la difficulté et tremblement devant ce que draine une parole poétique forte (voir le reportage, ci-contre). Et l'histoire est encore la même : c'est à l'enseignant, passeur d'intellegibilité et de sensibilité, d'éveiller sa classe aux beautés déposées sur la page du livre de poésie, beautés accessibles à qui veut se les approprier, et qu'il est loisible de faire siennes. Les moyens employés sont ceux que l'enseignant saura déployer pour sinon persuader, du moins éveiller, attirer l'attention, savoir ouvrir les yeux. Éminente responsabilité, et appel à un savoir-faire inné ou acquis, programmé ou improvisé, qu'importe : l'objectif demeure l'essentiel. Lire, et spécialement lire la poésie, est certainement l'objet d'un "apprentissage" (pour Perse : rassurer devant le lexique), mais un apprentissage non dirigiste, non sclérosé, et où l'enseignant sait se rendre aussi discret qu'il se peut, rendant possible l'émergence vraie d'une présence, celle de l'œuvre même, dans sa puissance dévoilée. C'est ce que savent faire, et avec bonheur, tous ceux qui peuvent transmettre Saint-John Perse.

SUITE DU DOSSIER :

1975-2015 : SAINT-JOHN PERSE, 40 ANS PLUS TARD

  

  

Par Loïc Céry, Directeur du pôle numérique de l'ITM

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LES DOSSIERS DE L'INSTITUT DU TOUT-MONDE


  

Transmettre Saint-John Perse, en 2015


20 septembre 1975 - 20 septembre 2015 : cela fait donc exatement quarante ans que mourait Saint-John Perse sur la presquîle de Giens, à l'âge de 88 ans. Depuis le cimetière marin où il repose, Saint-John Perse laissait derrière lui, quinze ans après l'attribution du Prix Nobel de Littérature, une œuvre dont la postérité même étonne, et qui fonde le réflexe légitime de saisir les occasions propices à telle ou telle célébration, en un dessein de diffusion et de partage de sa poésie. On dira que toutes les occasions sont bonnes pour faire connaître, et tenter aussi de renouveler l'approche d'un poète qu'on s'évertue à dire difficile d'approche, un poète qui s'est volontairement de son vivant tenu à l'écart des mouvements d'écoles et que beaucoup ont à leur tour tenu à concevoir comme marginal dans la grande avalanche de la modernité. Il est certain que le chiffre rond de la quarantaine d'années qui nous sépare de la mort du poète permet certainement de prendre acte d'un cheminement parcouru, en matière critique notamment, pour que de la légende du poète pléiadisé, on ait pu acquérir une lucidité accrue sur l'élaboration de l'œuvre elle-même. Un repère pour considérer également, avec la même lucidité et en sortant des idées préconçues, la place qu'occupe Perse dans les consciences aujourd'hui, auprès du lectorat de poésie, et au-delà, dans un certaine acception du geste poétique. Le regard sur les conditions de la postérité ne peut faire l'économie d'une autre lucidité encore, celle que l'on ne peut éviter à propos de la perpétuation d'un discours de la détestation au gré duquel certains, nourris par une hargne toujours tapageuse, se sont acharnés et s'acharnent encore sur ce poète et cet homme qui semble, quarante ans après sa mort, encore gêner (justement parce qu'il continue d'être lu) tous ses sectateurs, livrés au psittacisme et aux obsessions circulaires. À ce flot, l'œuvre résiste bel et bien, regardant de très haut ces mouvements et soubresauts, là où elle clamait déjà : "Nos œuvres vivent loin de nous dans leurs vergers d'éclairs. Et nous n'avons rang parmi les hommes de l'instant". Le repère de ces quatre décénnies permet surtout d'envisager ce que veut dire aujourd'hui, en 2015, transmettre Saint-John Perse et en ce sens, envisager avant tout la façon dont il est enseigné car là est certainement l'essentiel, le plus crucial : les enseignants sont encore et toujours les vecteurs décisifs de cette transmission de la littérature, après bien des polémiques au gré desquelles on a voulu les mettre en cause ces dernières années. Sans en faire un pathos quelconque, ils continuent d'être les sentinelles fondamentales de cette transmission. Et si Perse tient encore l'office d'une intrusion du verbe poétique dans les consciences, c'est aussi grâce à toutes les sentinelles, et toujours "si d'argile se souvient l'homme". Saint-John Perse, quarante ans après 1975, c'est d'abord cette présence consentie qu'assure la transmission.

(Édouard Glissant, Une nouvelle région du monde, 2006)

"Nous avons rendez-vous où les océans se rencontrent..."

  

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