Institut du Tout-Monde
Institut du Tout-Monde

Archives 2026
Séminaire 2018-2019
Cycles de l'ITM
Mémoires des esclavages
Prix Carbet
Prix Glissant
MA2A2
Adhérer


Les liens du Tout-Monde

Institut du Tout-Monde
Recherche
Archives 2026

Séminaire 2018-2019
Cycle Traduction
Cycle "Le Chant du Monde"
Cycle Art
Prix Carbet
Prix Glissant
Mémoires des esclavages
Les liens du Tout-Monde
Adhérer
Dossiers
Cycle "Le Chant du Monde"
Cycle Traduction
Mémoires des esclavages
MA2A2
Institut du Tout-Monde
MA2A2

© INSTITUT DU TOUT-MONDE

Actualités

Séminaire

Cycles

MDEA

Prix Carbet

Prix Glissant

M2A2

Adhérez

Site partenaire : Édouard Glissant.fr

Liens

"Nous avons rendez-vous où les océans se rencontrent..."

  

(Édouard Glissant, Une nouvelle région du monde, 2006)

RECHERCHE

ACTUALITÉS

MOOC

SÉMINAIRE

CYCLE TRAD.

CYCLE CDM

CYCLE ART

PRIX CARBET

PRIX GLISSANT

MDEA

LIENS

ADHÉREZ À L'INSTITUT

DOSSIERS

Cycle Chant du monde

Cycle Traduction

Mémoires des esclavages

M2A2

INSCRIVEZ-VOUS À LA NEWSLETTER

Musée martiniquais des arts

L'Appel contre les murs 

Édouard Glissant - Patrick Chamoiseau, 2007

  

___________________________________

___________________________________

(…) Les murs qui se construisent aujourd’hui (au prétexte de terrorisme, d’immigration sauvage ou de dieu préférable) ne se dressent pas entre des civilisations, des cultures ou des identités, mais entre des pauvretés et des surabondances, des ivresses opulentes mais inquiètes, et des asphyxies sèches. Donc : entre des réalités qu’une politique mondiale, dotée des institutions adéquates saurait atténuer, voire résoudre. Ce qui menace les identités nationales, ce n’est pas les immigrations, c’est par exemple l’hégémonie étasunienne sans partage, c’est la standardisation insidieuse prise dans la consommation, c’est la marchandise divinisée, précipitée sur toutes les innocences, c’est l’idée d’une « essence occidentale », exempte des autres, ou d‘une civilisation exempte de tout apport des autres, et qui serait par là-même devenue non-humaine. C’est l’idée de la pureté, de l’élection divine, de la prééminence, du droit d’ingérence, en bref c’est le mur identitaire au cœur de l’unité-diversité humaine.


(…) Mais la folie serait de croire inverser par des diktats le mouvement des immigrations. Dans le mot« immigration » il y a comme un souffle vivifiant. L’idée d’« intégration » est une verticale orgueilleuse qui réclame la désintégration préalable de ce qui vient vers nous, et donc l’appauvrissement de soi. Tout comme l’idée de tolérer les différences qui se dresse sur ses ergots pour évaluer l’entour et qui ne se défait pas de sa prétention altière. Le co-développement ne saurait être un prétexte destiné à apaiser d’éventuels comparses économiques afin de pouvoir expulser à objectifs pré-chiffrés, humilier chez soi en toute quiétude. Le co-développement ne vaut que par cette vérité simple : nous sommes sur la même yole. Personne ne saurait se sauver seul. Aucune société, aucune économie. Aucune langue n’est, sans le concert des autres. Aucune culture, aucune civilisation n’atteint à plénitude sans relation aux Autres. Ce n’est pas l’immigration qui menace ou appauvrit, c’est la raideur du mur et la clôture de soi. (…)


Les murs menacent tout le monde, de l’un et l’autre côté de leur obscurité. C’est la relation à l’Autre (à tout L’Autre, dans ses présences animales, végétales, environnementales, culturelles et humaines) qui nous indique la partie la plus haute, la plus honorable, la plus enrichissante de nous-mêmes.


Nous demandons que toute les forces humaines, d’Afrique d’Asie, des Amériques, d’Europe, que tous les peuples sans États, tous les « Républicains », tous les tenants des « Droits de l’Homme », que tous les artistes, toute autorité citoyenne ou de bonne volonté, élèvent par toutes les formes possibles, une protestation contre ces murs qui tentent de nous accommoder au pire, de nous habituer à l’insupportable, de nous faire fréquenter, en silence, jusqu’au risque de la complicité, l’inadmissible.


Tout le contraire de la beauté.


Édouard GLISSANT - Patrick CHAMOISEAU (Extraits de Quand les murs tombent. L'identité nationale hors-la-loi ? Galaade, 2007)

Il y a quelques jours encore, la fermeture, aujourd'hui un début d'ouverture. Ainsi vont les jours des réfugiés ou migrants, au gré des appellations hésitantes, des prises de consciences des uns et des autres, des attitudes changeantes des États et des images chocs bouleversant les somnambulismes persistants. L'Institut du Tout-Monde remet en ligne l'Appel contre les murs lancé déjà en 2007 par Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, dans Quand les murs tombent (Galaade, 2007).


Et puis ces mots d'Édouard Glissant :

"Levant de l'ombre une lumière et de la lumière une nuit, et de la lumière une première nuit, Indiens Zoulous Noirs Métis Blancs et Arabes et Juifs et Malgaches autant que Chicanos, et tant d'oiseaux, tant de ces oiseaux, immigrants et passeurs de frontières." (Une nouvelle région du monde, 2006)

"La frontière est comme un sable toujours mouvant,mais qui, loin d'engloutir les contraires qu'elle a suscités ou surpris tout à l'entour,les dilate,les expose à l'infini de son bouleversement". (Faulkner, Mississippi, 1996)

  

(…) La tentation du mur n’est pas nouvelle. Chaque fois qu’une culture ou qu‘une civilisation n’a pas réussi à penser l’Autre, à se penser avec l’Autre, à penser l’Autre en soi, ces raides préservations de pierres, de fer, de barbelés, ou d’idéologies closes, se sont élevées, effondrées, et nous reviennent encore dans de nouvelles stridences. (…)


(…) La moindre invention, la moindre trouvaille, s’est toujours répandue dans tous les peuples à une vitesse étonnante. De la roue à la culture sédentaire. Le progrès humain ne peut pas se comprendre sans admettre qu’il existe un côté dynamique de l’identité, et qui est celui de la Relation. Là où le côté mur de l’identité renferme, le côté Relation ouvre tout autant, et si, dès l’origine, ce côté s’est ouvert aux différences comme aux opacités, cela n’a jamais été sur des bases humanistes ni d’après le dispositif d’une morale religieuse laïcisée. C’était simplement une affaire de survie : ceux qui duraient le mieux, qui se reproduisaient le mieux, avaient su pratiquer ce contact avec l’Autre : compenser le côté mur par la rencontre du donner-recevoir, s’alimenter sans cesse ainsi : à cet échange où l’on se change sans pour autant se perdre ni se dénaturer.